La chaleur a tué plus que le paludisme en 2023, les chercheurs du Lancet réclament une urgence sanitaire mondiale
Pour la première fois, le rapport annuel du Lancet Countdown attribue un nombre précis de décès dus à la chaleur au réchauffement climatique: près de trois millions entre 2016 et 2023.
La chaleur extrême est devenue, à l'échelle mondiale, une cause de décès comparable au VIH et au paludisme. C'est ce qui ressort de la dixième édition du Lancet Countdown sur la santé et le climat, publiée mercredi par la revue médicale The Lancet, rapportent La Libre et le quotidien néerlandais Reformatorisch Dagblad. Le rapport a mobilisé 146 chercheurs de plus de trente pays, sous la direction de l'University College London et en collaboration avec l'Organisation mondiale de la santé, écrit Medical Daily.
Pour 2023, dernière année aux données complètes, les chercheurs arrivent à quelque 710.000 décès liés à la chaleur, un record. Le Reformatorisch Dagblad met ce chiffre en regard de ceux de l'OMS pour la même année: 630.000 morts du VIH et 597.000 du paludisme. Entre 2016 et 2023, plus d'un demi-million de personnes en moyenne sont mortes chaque année de la chaleur, environ 36 % de plus qu'au cours de la décennie précédente. Pour la première fois, le rapport calcule combien de ces décès ne seraient pas survenus sans le changement climatique: près de trois millions sur la période, soit environ sept sur dix. Medical Daily souligne qu'il s'agit d'estimations issues de modèles et non de décès comptabilisés.
Les conséquences ne se limitent pas à la chaleur. Selon le Reformatorisch Dagblad, près de 128 millions de personnes supplémentaires sont confrontées à l'insécurité alimentaire à cause des vagues de chaleur et de la sécheresse, et les moustiques porteurs de la dengue, du zika ou du chikungunya gagnent des régions autrefois trop fraîches. Il y a aussi de bonnes nouvelles: grâce à l'essor des énergies renouvelables, les décès dus à la pollution de l'air reculent dans plus de la moitié des pays. Les investissements dans l'énergie propre ont atteint le record de 2.100 milliards de dollars en 2025, indique Medical Daily.
Les chercheurs demandent que le changement climatique soit officiellement reconnu comme une urgence sanitaire mondiale. Selon La Libre, la directrice Marina Romanello a affirmé que les dégâts sur la santé progressent plus vite que la réponse apportée. Elle propose un mécanisme coordonné, sur le modèle du dispositif de l'OMS en cas de pandémie, visant une réponse cohérente à long terme. Le rapport paraît peu avant la COP31, le sommet sur le climat qui s'ouvre le 9 novembre à Antalya, en Turquie.