La bataille autour des juges constitutionnels polonais dégénère : le président de la cour écarté, Karol Nawrocki écourte son voyage
Une juge nommée sous le gouvernement Tusk a suspendu le président Swieczkowski ; la cour dénonce un coup d'État et le chef de l'État s'est rendu lui-même sur place dans la nuit.
À Varsovie, la longue bataille autour du Tribunal constitutionnel a tourné vendredi à la crise ouverte. La juge Anna Korwin-Piotrowska, l'une des juges nommés sous l'actuel gouvernement, a annoncé la suspension du président de la cour, Bogdan Swieczkowski, rapporte VRT NWS. La cour elle-même a démenti sur son compte X officiel et a parlé de coup d'État. Selon elle, Mme Korwin-Piotrowska ne peut assurer l'intérim parce qu'elle n'a jamais prêté serment devant le chef de l'État, écrit La Libre sur la base de l'agence AFP. Le site internet du tribunal était inaccessible vendredi soir.
Autour du bâtiment, des dizaines de policiers anti-émeute tenaient à distance les partisans du parti d'opposition PiS, qui manifestent depuis des semaines en soutien aux juges nommés par leur formation. Selon HLN, la police a interpellé trois personnes qui tentaient de pénétrer dans l'enceinte. La DH rapporte que des manifestants ont forcé les grilles sans parvenir à franchir le cordon. Le Premier ministre Donald Tusk a défendu l'opération sur X, estimant que le rétablissement de l'État de droit exige une action résolue. Le ministre de la Justice, Waldemar Zurek, demande la levée de l'immunité de M. Swieczkowski et de son adjoint, ajoute La DH.
Le président Karol Nawrocki, proche du PiS, a fait demi-tour au-dessus de l'Espagne alors qu'il se rendait en visite officielle au Sénégal. Après un entretien avec le premier président de la Cour suprême, il s'est rendu de nuit au tribunal, où il s'est frayé un chemin dans une cohue à travers un cordon d'agents casqués et munis de boucliers, selon La DH. Son chef de cabinet a confirmé sur X que le président était entré, rapporte La Libre. De Morgen fait état d'une confrontation physique entre le président et des juges, à la suite de laquelle la police est intervenue.
Le conflit remonte au gouvernement PiS, qui a, selon ses détracteurs, peuplé la cour de juges loyaux entre 2015 et 2023 ; l'Union européenne a dénoncé à plusieurs reprises la trop grande dépendance de l'institution vis-à-vis du pouvoir politique. Depuis son retour au pouvoir en 2023, Donald Tusk promet de régler la situation, mais Karol Nawrocki bloque la nomination de nouveaux juges : plus tôt cette année, il a refusé de recevoir le serment de quatre des six nouveaux juges, rappelle VRT NWS.